Martin Le Chevallier

Né en mai 1968.

Il vit et travaille à Paris.

Conjointement à son activité d’artiste, il est également directeur artistique de Libération.Martin Le Chevallier est un artiste qui met en scène les idéologies contemporaines de façon ironique et parfois effrayante, menant le spectateur à se rendre compte par lui-même de son absurdité à travers ses propres actions.

Sa première oeuvre se présente sous forme d’un cédérom interactif, Gageure 1.0 (1999). Le spectateur se trouve confronté à un “simulateur d’existence”, qui, clic par clic, lui promet un modèle de réussite formidable, le tout dans un langage typiquement managerial qui ne peut que rassurer. Mais cette promesse se révèle vaine, le spectateur, après avoir cru tenir les cartes en mains, se conforme finalement aux souhaits du programme.

Le Chevallier réalise une oeuvre importante en 2001, Oblomov, lors de sa résidence à l’Académie de France à Rome. Un homme seul se trouve dans une pièce, complètement inactif. Le spectateur, à l’aide d’un bouton rouge placé à côté de la vidéo, comprend que son intervention est nécessaire s’il souhaite voir le personnage quitter son état contemplatif. L’homme se lève alors, fait une quelconque tache (fume une cigarette, marche quelques pas), mais retourne ensuite dans sa condition de rêveur, en attendant que le spectateur décide encore une fois de le perturber.  L’interactivité se relève être à nouveau une impasse – bien que le spectateur possède un certain pouvoir, ce pouvoir n’est que simulacre. L’oeuvre fait référence au mythique personnage du roman eponyme de Gontcharov, un aristocrate russe qui, incapable de prendre la moindre décision, se donne à la paresse en se sentant écrasée par elle comme par un drame.

Le Papillon, 2005, est également une vidéo interactive qui fonctionne avec le même procédé qu’Oblomov en étant une sorte d’aboutissement de cette dernière. Il s’agit cette fois d’un homme, joué par Mathieu Amalric, qui trouve un travail dans une entreprise et se trouve assis sur son bureau, paisible et heureux. Le spectateur peut ne pas se satisfaire de cette fin en appuyant sur le bouton. Le personnage s’agite alors, se demande s’il est vraiment heureux et quitte son poste pour faire autre chose (devenir tout à tour homme politique, prêtre, criminel, vagabond…). Dans cette quête interminable de bonheur le spectateur met dans la balance son désir de divertissement et son ennui – souhaite-t-il déranger le personnage, pourtant pleinement satisfait, afin de le faire vivre un bouleversement? Chaque boucle arrive néanmoins à ce même point tranquille, menacé uniquement par la manipulation du spectateur.

Dans ces dernières pièces Martin Le Chevallier continue la quête de la réussite en demandant, en 2008, à un cabinet de consulting de réaliser pour lui un programme de la conquête du monde de l’art. L’audit de performance artistique lui révèle alors, étape par étape, une stratégie la plus optimale afin de s’implanter dans le marché et acquérir une notoriété. Utilisant le langage froid du pur marketing, l’analyse est très amusante, mais le cynisme terrible qui en émane corrode toute possibilité d’enthousiasme.

Jardin d’Attila, 2012, est la pièce la plus récente de l’artiste. Un court filme de 31 minutes met en scène un promeneur qui, sous forme d’associations mentales, discute de toute sorte de questionnements intellectuels. Dialoguant avec des interlocuteurs sortant de nulle part, le personnage se demande où sont les limites étatiques, quel est le rôle de la famille au sein d’une société, le commerce peut-il être aboli?

Pour Temps Etrangers, Martin Le Chevallier décide de ne pas répondre à la question frontalement et de mesurer non pas son temps, mais celui d’un autre artiste – Julien Prévieux. Il continue ainsi son travail de metteur en scène.

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