Julien Berthier

Né en 1975 à Besançon, Julien Berthier vit et travaille à Aubervilliers.

Innombrables sont ses expositions en France (notamment au Palais de Tokyo, à la Maison Rouge, au Plateau, à la Monnaie) et à l’étranger, nombreuses les publications qui lui ont été consacrées.

Il connaît Mains d’Œuvres pour y avoir participé, en 2008, à Mieux vaut être un virus que tomber malade (présenté en 2011 au FKSE de Budapest).

Dans son ensemble, son œuvre s’impose avec la force d’une démonstration logique : celle du sérieux de l’ironie, lorsqu’elle s’applique aux mécanismes du réel pour en dévoiler les paradoxes. Si « l’ironie est l’action d’interroger en feignant l’ignorance », les œuvres de Berthier se présentent le plus souvent comme des dispositifs interrogatifs : des machines aussi compliquées qu’absurdes qui sont autant de tentatives échouées d’une amélioration du monde quotidien.

Comme Love Love (2007), bateau coupé en deux qui n’en finit pas de s’effondrer mais qui, pourtant, fonctionne parfaitement : jouet d’ingénieur ou métaphore incarné de la crise qui touche au cœur l’économie mondiale ? Ou La concentration des services (2011), installation à grandeur nature où toutes les fonctions typiques d’un carrefour – feu rouge, panneaux, arrêt de bus – se trouvent ressemblées dans un lieu unique : parodie humoristique de l’utopie fonctionnaliste d’une société « optimisée », mais aussi questionnement des automatismes qui caractérisent notre usage de l’espace. Puisque l’art doit être « un langage à la fois intégré, donc capable d’être entendu, et dissonant, dont le propos vient mettre en débat l’opinion dominante ».

La forme plausible, presque familière, de la plupart des œuvres de Berthier n’est de ce point de vue que le prétexte pour un questionnement aigu, souvent cynique, de la société actuelle : un acte de sabotage interne, qui porte à ses extrêmes conséquences les logiques implicites de notre quotidien.

L’horloge d’une vie de travail (2008) est à ce titre un bon exemple : un simple horloge, quoique très précis et de taille imposante, révèle sa nature de dispositif logique lorsqu’on découvre qu’il s’agit du décompte quotidien de toute un vie de travail. La vie et le travail de qui ? Quel est le rapport entre la vie et le travail ? Les heures, les minutes, les secondes sont-elles des unités nécessaires et suffisantes pour résumer l’activité d’un homme ? Cette mesure indifférente, distante, ne serait-elle pas le portrait le plus lucide des conséquences possibles d’un idéal où vie et production se confondent ?

Travailleur clandestin d’une temporalité capricieuse, l’artiste s’amuse, mais son humour est le plus sérieux des commentaires que l’on puisse porter sur notre actualité.

Julien Berthier, L’Horloge d’une vie de travail, 2008.
Courtesy Galerie Georges Philippe et Nathalie Vallois. Photo : Guillaume Grasset©

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