TEMPS ÉTRANGERS : Vernissage le 7 septembre 2012

L’artiste est-il un travailleur comme un autre ?

Peut-on mesurer son temps de travail ? Par quelles unités ?

Dans le vocabulaire industriel, les « temps étrangers » désignent les temps morts dus aux
imperfections des méthodes de travail ou aux aléas imprévisibles de toute nature. Le travail de l’artiste demande peut-être l’élaboration de nouvelles unités de mesure, car ce sont des temps autres, « étrangers », en marge des logiques de productivité traditionnelles, qui participent aussi à la réalisation d’une œuvre d’art.

Pour tenter de résoudre cette énigme du temps de travail, les artistes présenteront des productions inédites in situ. Tandis que L’Horloge d’une vie de travail de Julien Berthier calcule minutieusement les heures, les jours et les semestres qui restent à travailler, le Grand Cacatoès blanc de Sylvain Rousseau et Lazy Days d’Elisabeth Ballet démontrent avec humour et poésie le potentiel productif de la paresse.

L’oeuvre de Sylvain Sailly, qui se dit “inventeur de métaphores du temps de travail”, et celle de John Cornu mettront en évidence les traces de ce temps qui passe et l’impact physique du travail. La démarche d’Hugo  Kriegel, jeune félicité de l’école des Beaux-arts de Paris, consiste en une réappropriation du temps et du travail : sa proposition prendra en compte les conditions de réalisation de l’exposition même. De même, la genèse de l’exposition sera l’objet du film de Maria Andersson, qui placera une caméra dans la salle d’exposition et enregistrera le temps du montage. En contournant la question posée par les commissaires, Martin Le Chevallier  mesurera non pas son temps de travail mais celui de l’artiste Julien Prévieux  (l’auteur des Lettres de non-motivation) sur le mode de la surveillance, faisant ainsi du temps de travail d’un tiers la matière première de son oeuvre. Jouant sur les mots, Julien  Nédélec déjouera toute définition stable et se confrontera au travail du bois afin d’apprendre un « vrai » boulot. Benjamin  Sabatier et Matteo  Attruia  engageront une réflexion sur le statut de l’artiste dans notre société et Diego Sarramon se mettra en scène dans la vidéo d’une partie de pêche introspective.

Les œuvres investiront la salle d’exposition de Mains d’Œuvres ainsi que l’espace public de Saint-Ouen. Installé dans l’ancien Centre social et sportif des usines Valéo, Mains d’Œuvres accueille aujourd’hui des résidences d’artistes, des expositions, des concerts et des spectacles. C’est un lieu de production chargé d’une histoire singulière dont l’identité ouvrira un dialogue particulièrement fécond avec les œuvres des artistes. Une publication, riche des contributions des artistes et des commissaires, accompagnera l’exposition.